Le marathonieng

Ôde ô marathônien 

Ode ô Marathônien  (Par Santino des berges de Roques)  De tous les sports connus, chacun aime le sien, mais s’il y a une discipline méconnue, c’est bien celle de Marathonien. Cela avait commencé avec ma mère qui ne comprenait pas bien, pourquoi je courrais autant puisque je ne gagnais jamais rien. Je lui répondais « maman, si je cours à ce point, c’est pour le plaisir et non  pour l’appât du gain.» Maman, pas plus littéraire que le voisin, préférait son côté pratique à mon footing du matin. « Viens, voilà trois sous, tiens, et profites-en, fainéant, pour ramener le pain.» Après un grand soupir et la baguette dans la main, au bord du désespoir je répondis enfin : « Maman, c’est la dernière fois que je ramène les petits- pains,  je ne suis pas commis… mais Marathonien.» Cela a continué avec ma première copine connue chez le pharmacien, je crânais avec ma tenue de sport, ma pommade Akileïne et mes chers mocassins. Elle me dit « ha, les sportifs, moi j’aime bien. Que faites-vous comme sport ?», je répondis « je suis marathonien.» Quelques mois plus tard, nous voilà ex-parisiens, je m’apprêtais à courir sur les bords de Marne et d’autres chemins. Quand ma moitié endormie en peignoir baillant et montrant un sein, m’interrompit me coupant l’élan laisse en main : « ne fais pas tout ce boucan ni ce  tintouin, sors donc les poubelles dans la rue et va promener le chien ». Dents serrées, souffle court, un rien énervé je cours. Plus j’aime mon sport, moins j’aime les Labrador. Au bout de quelques kilomètres je vois la mine déconfite du pauvre canin. « Ouaf, ouaf » m’aboya-t-il suppliant au bord d’un bassin. « Vu la rondeur de ton bidon, et le gargantuesque festin. Ta pâtée, mon gros, elle te reste à travers tes intestins ». Je laissais mon animal le dos rond faire ses besoins, pendant que de mon côté je pars piser dans le champ plus loin. A peine je sortis le truc que je vois un serpent copain, bouche ouverte, dents aiguisées prêt à embrasser le serpentin. Je lui dis « hé ! Roméo, je ne veux pas te briser le cœur mais les amours de vacances sont déjà loin, je ne suis que de passage, je suis Marathonien. » Bâillait-il aux corneilles, le voilà qui s’enfuit soudain, un assourdissant tracteur démoulait une botte de foin. Salopette crade, roulant les « r » ventru et sanguin, l’affreux paysan criait au-dessus de son engin. « V’là t’y pas ses nuisibles de retour sur mes champs de lin ! Si je t’l’attrape, pour sûr, j’en fais un nain ». Me tenant les choses auxquelles je tiens, je saute au-dessus des hautes herbes, doublant la sangsue amoureuse pour éviter le réducteur de reptilien. 

Pas de course, foulées bondissantes, je me tiens les bourses sous le ventre. Pas d’obstacles qui ne m’arrêtent, je bats tous les records du chronomètre.
Au passage je chope le cador qui n’avait pas fini de fournir aux fourmis son festin. A l’un je dis « désolé, monsieur, je suis un coureur » et à l’autre « attends un peu qu’on rentre, je vais te faire avaler de l’huile de ricin ». Je ramenais une couleuvre collante, au bout d’une laisse un chien daltonien, ma chérie hurlait sur le palier voyant la mine constipée de l’albinos canin. « Désolé mon canard, ma poule et mon poussin. Quat’ pattes n’ont pas suffit à me suivre, je suis Marathonien. » Pour la chose, comme pour le reste, Tintin ! C’était ceinture pour le décathlonien. « Ce n’est pas en me présentant tes excuses et ta basse-cour que tu auras droit aux câlins. T’as bien failli tuer Nestor, va au diable avec ton sport de crétin. »
 Faut bien être honnête, elle tenait plus à son Labrador qu’à son athlète.
Dégoutté du peu de considération pour mon sport de galérien, je partis dans le midi vers des cieux toulousains. De la Capitale au Capitole je courais passant de St Denis à l’église St Sernin, sur la place le curé m’encourageait en compagnie des sacristains. « Que le Seigneur vous accompagne » me font les théologiens. « Le barbu a intérêt à s’accrocher », répondis-je, « car je viens de lâcher les freins. » « Emportez-le avec vous, mon fils, même si vous n’êtes pas chrétien. » « Je voudrais bien, mon père, mais je ne n’ai pas de porte-bagages, je ne suis que Marathonien. » En passant par le canal, amusé par l’accent chantant du coin. « C’est bieng, mon gars, vas-y, si t’arrêtes pas, t’iras loing », m’encourageaient les passants en levant le poing. Je répondis « vu la forme que je tieng, j’irai jusqu’à l’écluse de Vic au moing, puisque je suis marathonieng. » Et me voilà sur mon trente et un.
 
Inspiré littérairement par Edmond, Cyrano et les mots m’arrivaient en vrac, je courais sur la Garonne devenant le coureur écrivain Santino des berges de Roques.  Ma suivante amie élevait des chats, j’avais des chances de courir plus serein, elle délaissait lamentablement un vélo, et c’est alors qu’une idée me vient. Je luis dis « chérie, si tu me tires avec ta bicyclette autour du lac St férréolien, dans quelques mois, c’est sûr, Paulette, je courrais comme une formule un ». Elle me semblait réjouie, je me frottais déjà les mains, j’aimais tellement ce sport d’ahuri que j’avais des chances de gagner des courses, enfin.  

Le jour de sa fête elle prit sa bicyclette. Elle y rajouta les jambes avec, prêts pour la compète. Nous partîmes pour Revel, St Ferréol et son lac eternel. Mon lièvre avait des roues et des baskets, et moi à mes basques, Paulette.  Le dimanche venu, impatient jouant les petits malins, en petite tenue j’étais prêt à démarrer le train-train. Je luis dis « mon cœur, je pars d’un peu plus loin, tu me rattrapes, me double, me fais coucou, et me tires jusqu’à la fin. » Serviette autour du cou pour elle, et moi longues foulées de félin, quelques minutes plus tard je la retrouve essoufflée au milieu du chemin. « Dis donc ton truc est aussi simple qu’une formule de mathématicien. J’ai dû prendre des ornières, cailloux et pierres, et je ne te parle pas des chiens. Il y a foule dans ton lac quand je roule. Il faut éviter les culs-de-poules pour ton sport de maboule. » Compatissant d’avance je lui laissais une seconde chance. « Ce que je te propose n’a rien d’un problème épicurien, roules vite à côté de moi, on verra bien ». Si je vous dis qu’à la première bosse qui pourtant n’avait rien d’Alpin, c’est moi qui poussais Paulette pendant que rigolaient les citadins. Les sourires rigoleurs des passants avec des pépins, parapluies ouverts s’exclamaient sur le terrain. « Nous avons consulté les mémoires d’historiens, telle scène ne s’est jamais produite, aussi drôle et biblique, c’était vraiment divin. »  Un autre coureur admiratif, court en tifs, stimulait l’esprit exténué de mon quart dominicain, lui dit « beaucoup de femmes rêvent d’avoir un compagnon sportif plutôt qu’un mari vautré sur le canapé avec la PlayStation en main. » Elle trouvait encore quelques forces pour lui rétorquer soudain « elles ont tout de même de la chance, ces dames, on voit bien qu’elles n’ont pas à faire à mon compagnon bourrin. » Faillait bien reconnaitre qu’elle était brave et m’aimait peut-être enfin, je lui dis : « chérie, comme lièvre… tu fais un bon lapin. Racle le râble comme ta gorge, c’est un forgeron que tu forges. » Mais comme en plus de l’amour, elle avait aussi de la répartie, sur ces mots aigres elle répondit : « arrête un peu, Edmond, avec tes citations et ton baratin. Pour ton problème, je connais un docteur qui est un vrai magicien. »  Recommandations faites ordonnance en main, quelques jours plus tard j’étais chez le praticien. J’avais encore de la chance, celui-ci était du genre sportif Hollywoodien, me demandait d’un air intéressé : « au marathon vous en voulez pour combien ? » Je lui répondis « j’en prendrais bien pour deux heures trente, voire trente et un ». Il faillit s’étouffer à l’annonce de mon temps olympien. « Pour faire un tel temps il faut avoir du sang de saurien, ou bien prendre des cachets, faites gaffe aux pets, seringues chargées en poudre de perlimpinpin. » « Vous aurez une foulée de cheval et l’allure d’un train. »… « Je vous en remercie, docteur, mais que ferais-je avec un sourire chevalin ? » Je me dis qu’à mon âge progresser risque d’être incertain, mais me transformer en pharmacie ne me disait rien. « Vous serez beau à voir aux longues jambes d’Ethiopien. » « Je vais rester avec mes coquillettes, spaghettis et Paulette, je suis moche mais j’ai des pâtes, disait un ami Italien. »Paulette, à cause de la selle de sa bicyclette, avait entre les fesses un indien. Le peau-rouge réclamait de la pommade, de celle qui glisse vraiment bien. Elle a tenu à  m’accompagner voir le second docteur bien moins charlatan que le sportif Californien. Douleurs à l’endroit et l’envers n’étant pas éteint, Paulette grimaçait assise sur des coussins. « De quel mal souffre mon copain ? Je vous en conjure guérissez-le, monsieur le médecin. »  

Après moult essais ; genoux flexions ; tapis roulant ; notes carnet ; souffle ballon ; graphiques savants ; pisse bocal ; masque menton ; sang l’oreille ; test éprouvette, le savant apporta le diagnostique à Paulette. « Nous avons à faire à un : Marathonis Mordicus Sapiens.  Sa pionce peu mais ça court et ça fonce. Le MMS, dans notre jargon, né bélier, ascendant étalon. Un danger pour qui la raie gratte, je le regrette. Perte pour vous enfuir, Paulette, il vous rattrape avec ses pattes…et c’est la raie sans  arrêtes ».  
« Avez-vous idée de que ce cas me coûte ? Pendant quelques jours j’aurais la raie en croûte ! ». « Je la préfère en soupe à la raie au porc » pensais-je dans mon for intérior. Notre médecin, dernier espoir de ma copine, sortit de sa manche tant de médecine. Le voilà maintenant en sexologue, après ce long examen, il débuta le monologue, j’avais l’air fin. « Je vais t’occuper le soir mon gars, avec de la VMA. Tu laisseras tranquille mémé quand t’iras fractionner. Si le soir ça te tente, je te calme avec des 30-30. Si malgré tout ça te gratte, mec, deux séances de Fartleck. Ne te prends pas pour un artiste, fais-moi dix tours de piste. Si tu te prends pour un chevreuil, va te calmer avec du travail au seuil. Etire-toi bien les muscles mais pas avec tes doigts, avant de faire ta VMA. Tu visiteras l’anaérobie, c’est autre que chose que la Normandie. As-tu encore l’os en côte ? Dix montées de genoux entre côtes. Tu m’as dis que t’étais bélier ?… allez, du PPG ! »
 Je n’avais vu jamais quelqu’un autant souffrir pour un sport de loisir.
Ce n’est pas fini. La seconde couche, le voilà reparti : « et surtout n’oublie pas les féculents, attention aux vents. Gélules de fer, gaffe aux pets verts. Pâtes en quantité, ouvre la fenêtre pour ventiler. Sucres lents en masse, lâche les gaz. Soupes grasses et potages, traces de freinage. Achetez lessive par paquets, pour décoller les saletés.» Il rajoute pour finir sa joute : « Avec tout ce traitement, Madame, vous aurez la raie tranquille pour un moment. » « Votre truc, docteur, c’est l’arrêt de l’amour ! »…« ou la raie de la mort ! »… pensais-je encore. « Dans ta tête t’es pas seul, mec ! Tu dois avoir un problème Freudien ». Je lui répondis pour lui clouer le bec : « je ne suis que Marathonien ».
 
Et me voilà reparti sur mes routes désertes sentant le thym, la lavande occitane, la jonquille et frais romarin. Je courais la nuit avant que le jour ne vint, je souffrais pour le plaisir d’être marathonien. Dans le silence de mes foulées et mes fleurs en parfum, je pensais à maman quand elle me traitait de crétin. J’ai vu défiler tant d’images d’enfance, de personnes absentes de mon pays lointain. Les pieds en sang j’avance dans un but incertain. Mes muscles hurlent d’une douleur me faisant serrer les poings. Sourd je suis comme l’acteur survivant d’un cinéma muet des années vingt.  J’ai gagné des courses m’arrachant jusqu’à la fin. Et perdu Paulette à force de compètes tous les dimanche matins. J’ai gagné toute la considération d’un podium olympien, et gagné la solitude d’un studio dans un village lointain. J’ai eu coupes médailles, articles journaux, félicitations et bravos. Mais blessures, m’articulent me font mal, lâchent des plaintes, hurlent en feu ma mémoire dans mon automne hivernal. Je suis l’homo-sapiens qui Marathonis un problème de Freud. La peur du « moins bien » et du « je n’y arriverai pas » m’électrise, me marionnette de fils invisibles m’arrachent la peau neuve. Je m’étais éloigné de que ce sport conjuguait. Ames solitaires dans un champ cultivé de pas qui se terrent, tuent l’écho dans un jardin secret. Quand ma nuit vient, inlassable épée, je geins en pensant à ma fée.
« Regarde l’homme qui est à côté de toi. Dis-lui que tu le comprends et que tu es là.Qu’ensemble nous formons qu’un corps, qu’à deux nous sommes plus forts. Tourne-toi, derrière il y a un autre. Est-il moins fort ? Il souffre comme l’apôtre.Attendez-le, car le temps importe. Petit ou grand, au nez il te fermera la porte.Regarde autour de toi, nous sommes des milliers à courir d’un pas.Badauds, femmes, hommes, vieux, jeunes, amis, frères de tous destins…Quand nous voyons notre dernière ligne arriver… nous sommes tous des…» 
   

 

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